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Angakkuuniq : les pouvoirs du angakkuq

Citation :
Mariano Aupilaarjuk
Un esprit du mal pouvait prétendre prendre la forme d’un esprit du bien. Quand on commence à visualiser le tuurngaq qui va vous aider, on ne peut pas accepter ce tuurngaq immédiatement. Il faut d’abord faire une enquête pour savoir s’il est bon ou mauvais. Dès qu’on a découvert que c’est un bon tuurngaq, on peut accepter ce tuurngaq comme assistant. Mais il faut faire attention car ils peuvent prendre la forme d’esprits du bien, même s’ils sont des esprits du mal. Alors moi, en réfléchissant sagement, je vérifierais toutes les caractéristiques de ce tuurngaq. Même si c’était un animal, il pourrait apparaître sous une forme différente si c’était un esprit du mal. Il est très difficile de déterminer si c’est un bon tuurngaq ou pas. Si j’étais en train de devenir un angakkuq et qu’un autre angakkuq me donnait un tuurngaq, je saurais à l’avance que c’est un bon tuurngaq parce qu’il m’aurait été donné. Il est très dangereux d’essayer de devenir un angakkuq par soi-même, je peux vous le dire. (Page 43)
Présentation :
Une personne devenait angakkuq à travers les paroles et les incantations d’un autre chaman. Certains étaient destinés à devenir angakkuit avant leur naissance; d’autres devaient se confronter avec un autre chaman. Le père d’Aupilaarjuk a essayé de le décourager de devenir chaman. Trop de pouvoir peut raccourcir la vie. De plus, il était un enfant qui s’emportait facilement. Il aurait peut-être été tenté d’utiliser ses pouvoirs à des fins maléfiques. On disait des angakkuit qu’ils avaient des qaumaniq, des auras éclatantes. Ils avaient aussi des esprits protecteurs, des tuurngait, qui pouvaient être n’importe quel objet – vivant ou mort, animé ou inanimé. Ce sont les tuurngait qui approchaient la personne en premier. Il était important de prendre le temps de déterminer si l’esprit était bon ou mauvais, en consultant les anciens. Cependant, si un tuurngaq était le cadeau d’une autre personne, il s’agissait sûrement d’un bon esprit. Le fait d’accepter un tuurngaq puissant pouvait écourter la vie. Un angakkuq avec un tuurngaq animal pouvait prendre la forme d’un animal. Parfois, certaines personnes peuvent entendre des voix dans leurs têtes, mais ceci ne signifie pas qu’elles sont folles ou en mauvaise santé. Aupilaarjuk les entend parfois, elles l’appellent par son nom, elles lui parlent de beaucoup de choses; mais, dit-il, « ce ne sont pas mes pensées. » Il y a une différence entre entendre des voix et uimmaktut, perdre la raison. Les incantations telles les tuksirauti, les prières, et les qinngaqtauti, prières criées, sont toutes deux des requêtes, mais les qinngaqtauti étaient aussi utilisées afin de remédier à certaines situations : la maladie, la faim, ou une longue période de mauvais temps.