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Fonte de la banquise dans les environs de Broughton Isalnd.

Caribous dans la vallée de la rivière Koroc, dans les Monts Torngat.

Chapitre 4

Citation :
Ollie Itinnuaq
« Nous, les anciens, avons aussi une responsabilité à assumer, puisque nous ne parlons plus beaucoup aux jeunes. Nous nous fions trop aux professeurs. Nos parents n’avaient ni professeurs ni personne d’autre à qui se fier. On ne peut pas parler à un ou deux jeunes, puis s’arrêter là et prétendre avoir fait sa part. Il y a des gens qui suivent l’avis de leurs enfants parce qu’ils les croient plus intelligents qu’eux, simplement parce qu’ils parlent l’anglais. Ça ne marche pas comme ça. Nous, les anciens, sommes tout autant responsables de la situation, parce que nous ne dialoguons plus assez avec nos jeunes. Cela s’applique à moi également; je constate que je n’enseigne pas assez à mes enfants. Les gens ne sont pas constants dans le temps qu’ils consacrent aux jeunes. Un jour, ils leur font de longs discours et, le lendemain, ils les ignorent complètement. Cela non plus, ce n’est pas bon pour nos jeunes. »
Présentation :
Dans ce dernier chapitre, on quitte l’univers du chamanisme pour s’attarder à d’autres pratiques traditionnelles et à leur utilité possible dans la gestion des conflits sociaux et de l’ordre au sein des communautés inuit.

Les aînés discutent d’abord des tirigusuusiit, ces règles de vie, interdits et obligations qui différaient largement d’une famille à l’autre, mais qui constituaient néanmoins un code de conduite et qui s’apparentent à certaines règles chrétiennes (ne pas travailler le dimanche, ne pas manger de viande le vendredi, etc.). On aborde ensuite le naqqiqsuuniq, la confession, autre sujet riche en parallèles avec le christianisme.

Le tour de table suivant permet de recenser, en partie, les sujets qui n’auront pas été touchés lors de l’atelier, faute de temps : les inuksuit (assemblages de pierres qui servaient de moyen de communication), les apsait (esprits qui prenaient possession des igluit abandonnés), les nunaturliit (camps auxquels on revenait d’une année à l’autre).

On se penche ensuite sur le conseil des aînés, réunion des membres les plus âgés de la communauté. Ceux-ci s’adressaient aux fautifs pour les convaincre de redresser leurs torts et de s’amender, faute de quoi ces mêmes anciens décidaient de leur sort. Cette forme de prise en charge des contrevenants par la communauté, de réintégration par le counselling et les travaux communautaires, occupe une grande partie de ce chapitre et se trouve au centre des recommandations faites à la suite de l’atelier. Tout le reste du chapitre tourne autour de la même idée : l’influence néfaste du monde occidental (la télévision, les concepts tels la protection de la jeunesse et les refuges pour femmes battues), qui dérobe la famille et la communauté de leur rôle de médiateurs. Les anciens déplorent la quête de plaisir (le jeu, l’alcool) qui obnubile les jeunes générations et la déresponsabilisation des parents envers leurs enfants, mais ils déplorent aussi la vitesse à laquelle on retire les enfants d’un foyer en difficulté et l’apparition des refuges pour femmes, qui mettent en péril l’unité familiale et court-circuitent l’influence de l’entourage immédiat.

En terminant, les anciens insistent sur l’importance de tenir d’autres rencontres de ce genre rapidement, avant que trop d’entre eux ne disparaissent, pour continuer à fouiller leurs souvenirs.