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Photo Kayaks delta 1901

 

Chapitre 6

Citation :
Lucasie Nutaraaluk
Mon ataatatsiaq, mon grand-père paternel, était Usuarjuk. Il était marié à la mère de mon père, Qimiqpikuluk. Je n’ai jamais su qui étaient la mère et le père de ma mère. Je ne sais pas vraiment pourquoi je n’ai jamais su qui étaient les parents de ma mère. Je pense qu’elle avait été adoptée. Je n’ai jamais su qui étaient mon grand-père et ma grand-mère maternels. Mon père s’appelait Alariaq et ma mère Iqaluk. Je suis né à Itilliarjuk, pas loin de Kinngait, en 1922. Ma mère a inscrit l’année où je suis né.
Le Révérend Peck lui avait appris à inscrire les dates en faisant des marques sur le papier. Il y avait déjà des qallunaat dans la région de Kinngait. C’étaient des commerçants et des missionnaires. Quand l’Angleterre a gagné la Première Guerre mondiale, la Compagnie de la Baie d’Hudson s’est établie ici, dans le Nord. Quand ils ont entendu parler de la Chrétienté, mon père et ma mère se sont convertis, à cause de moi. On a dû me tirer hors de son ventre alors beaucoup de mes muscles ont été déchirés, mais après plusieurs jours mes muscles ont guéri, l’un après l’autre. Parce que j’avais complètement guéri, ils en ont conclu qu’il y avait un Sauveur et ils se sont convertis. Il n’y avait pas de ministre du culte à Kinngait. Mon père était un des pasteurs servants. (Pages 109-110)
Présentation :
souvenirs du passé
Lucassie Nutaraaluk

Les étudiants ont eu quelques difficultés à comprendre le dialecte de
Nutaraaluk mais ils ont fini par s’y habituer au fur et à mesure que se
déroulait l’entrevue au cours de laquelle celui-ci a raconté ses souvenirs.
Nutaraaluk raconte comment ses parents sont devenus chrétiens à sa naissance :
« Ça semble incroyable, mais j’aurais dû mourir après ma naissance parce que
mes muscles avaient été déchirés. Dans le passé, quand ils s’apercevaient
qu’un enfant allait être profondément handicapé, ils le laissaient mourir. Mon
père a dit que si un enfant pouvait vivre sa vie, il fallait le laisser vivre, même
s’il était handicapé. C’est ce que mon père a dit. Des personnes autres que ma
mère et mon père m’auraient tout simplement laissé mourir parce que j’étais
handicapé. C’était comme ça quand je suis né. Mon père et ma mère m’ont
considéré comme un miracle. C’est la raison pour laquelle ils se sont convertis
au Christianisme. » Il a également raconté la triste histoire du meurtrier
Miqqualaaq, qui est devenue le sujet de conversation principal lors des
entrevues sur le meurtre. Quand toutes les tentatives pour sauver Miqqualaaq
de lui-même ont échoué, celui-ci a finalement été tué. Son histoire illustre bien
tout ce qui était tenté, même dans les cas les plus extrêmes, pour conseiller les
délinquants et essayer de les réinsérer dans la communauté.