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Comment traiter les délinquants

Citation :
Emile Imaruittuq
S’il y avait le moindre différend dans la communauté, ils se réunissaient et parlaient à la personne ou aux personnes qui en étaient à l’origine. Si celles-ci les écoutaient la première fois, ça se terminait là, mais si elles récidivaient, la deuxième discussion était plus sévère et, contrairement à la première fois, ils ne parlaient pas des qualités de la personne ou de la manière dont la personne était aimée par les membres de la communauté. Et si ces personnes continuaient à mal se comporter après ça, alors la comparution était encore plus intimidante. Rien n’était consigné par écrit, tout ce qui était dit venait des cerveaux des aînés. Mon grand-père et son père avant lui s’occupaient de cela parce qu’ils étaient les isumatait, les leaders des gens qui vivaient à Avvajja. J’ai entendu dire que mon grand-père avait demandé deux fois à des gens qui ne vivaient pas dans notre campement de venir le voir parce qu’il avait entendu parler de leur comportement inacceptable et il voulait les aider à se racheter. Ces deux personnes étaient des adultes alors leur comportement s’est immédiatement amélioré. Bien que mon grand-père était un excellent conseiller, il a renoncé à améliorer le comportement de son propre fils. Il a continuellement essayé de faire de son fils une meilleure personne, mais il y a renoncé. Parce que son fils ne voulait pas changer, mon grand-père a dit que si qui que ce soit voulait se venger de son fils, ils étaient libres de le faire. Parce que son fils ne voulait pas changer, il a dû faire face aux conséquences de ses actions. (Page 50)
Présentation :
Dans le passé, les aînés corrigeaient les délinquants en les faisant
comparaître devant un conseil d’aînés qui leur donnaient des conseils.
Tout en appréciant les valeurs de la loi canadienne, ils sont convaincus
que les conseils d’aînés sont souvent plus efficaces pour punir les actes
criminels, surtout lorsqu’il s’agit de simples infractions et de premiers délits.
C’est pourquoi Imaruittuq déclare : « Les infractions graves doivent
certainement aboutir devant les tribunaux canadiens, mais si on nous
demandait de donner notre avis sur ces infractions graves, on le ferait. On ne
devrait pas accepter que les infractions graves soient traitées exclusivement
par les tribunaux canadiens. Nous devrions avoir notre mot à dire en ce qui
concerne ces crimes plus graves parce que nous avons notre sagesse et notre
savoir à transmettre. » Les jeunes délinquants ne devraient pas être envoyés
devant les tribunaux, qui les intimident, ils devraient être conseillés par les
aînés. La seconde partie de ce chapitre traite des délits contre les femmes et les
enfants. L’attitude envers les mariages arrangés a changé mais les aînés
continuent à penser que les mariages arrangés n’étaient pas une si mauvaise
chose. Dans le passé, les morales sexuelles étaient différentes et la manière
dont on traitait les veuves et les orphelins était parfois dure. Mais il y avait
également des mesures incitatives pour encourager les gens à être gentils avec
ceux qui avaient perdu des proches. Ainsi, Aupilaarjuk déclare : « Il ne fallait
pas que les enfants qui avaient perdu leurs parents souffrent mentalement
parce qu’on dit qu’un enfant a un naglikti1 qu’on ne peut pas voir. On nous
disait de ne pas maltraiter les orphelins. On nous disait d’aider l’enfant, ainsi
notre vie serait prolongée grâce à la gratitude du naglikti. Les membres de
notre famille auraient également une bonne et longue vie. Je ne pense pas que
le besoin que nous avons de nous occuper des enfants ait changé. »