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Séchage d'une peau d'ours polaire. Arctic Bay.

Le corps et le tarniq

Citation :
George Agiaq Kappianaq,
Si un angakkuq déposait un tarniq dans ma main, il ressemblerait à une bulle. Si la bulle éclate et disparaît, le tarniq ne revient pas. Si j’étais angakkuq, je devrais faire preuve de compassion pour les gens. Et si je prenais un tarniq dans le creux de ma main pour l’observer, il faudrait que je fasse très attention à lui, parce que ce serait terrible s’il devait éclater. Tout le monde a un tarniq, même les petits enfants. Lorsqu’on enterre le corps du défunt, celui-ci se décompose et retourne à la terre. Le tarniq, lui, survit et prend la forme du corps qu’il habitait.
Présentation :
Ce chapitre explore la relation entre le corps et l’esprit. Agiaq et Pisuk expliquent le concept de tarniq, le principe spirituel de l’être humain qui survit à la mort du corps. Tout être humain a un tarniq, même les petits enfants. Du vivant de la personne, le tarniq a l’apparence d’une bulle qu’il faut manipuler avec une extrême délicatesse (certains angakkuit, ou chamans, savent se saisir du tarniq d’une personne). Si le tarniq sort (volontairement ou non) du corps d’un dormeur, ce dernier mourra. Lorsque la personne meurt, le tarniq prend l’apparence de son corps, mais il est mou, sans squelette. Sous cette forme, il peut apparaître aux gens, dans leurs rêves, et le rêveur reconnaîtra l’apparition. C’est d’ailleurs ainsi que certains défunts demandent à ce l’on donne leur nom à un nouveau-né.
Le tarniq peut penser par lui-même. Il peut nous suggérer de bonnes ou de mauvaises actions. La maladie le chasse et, contrairement, s’il est lui-même affecté par une condition extérieure (le sort d’un angakkuq, par exemple), le corps en souffre. Les angakkuit qui se combattent tentent de se saisir du tarniq de l’angakkuq ennemi. Il existe une certaine solidarité entre les angakkuit, qui se liguent pour combattre un angakkuq jugé dangereux ou méchant. Pisuk raconte deux histoires : celle d’une angakkuq qui a ainsi perdu son cœur et celle de Paumiarjuk, l’angakkuq qui fut châtré par une baleine boréale et transformé en femme.

Le tarniq de la personne qui dort peut sortir partiellement du corps. On dit alors qu’il a la tête en bas. Aux yeux d’un angakkuq, la personne paraît dormir en diagonale, les pieds dans les airs et la tête sur l’oreiller. On qualifie alors le dormeur de kujjaajuq. Regarder les gens qui dorment de cette manière s’appelle tirliaqsijuq, mais il est dangereux de le faire; cela peut empêcher le voyeur d’avoir une descendance.

Enfin, les gens peuvent sentir que leur tarniq s’apprête à les quitter. Ils annoncent alors à leurs proches qu’ils vont bientôt mourir. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le mari de Ka&&ak au terme de sa maladie.