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Photo Eskimo and his kayak at Port Burwell

Photo igloo couleur

Photo Pelly Bay Zac Martha

retour d'une promenade en traineaux de la famille Akkeagok

Elisapee Ootoova

Citation :
Elisapee Ootoova
Mon père n’avait plus son bateau à cette époque-là parce que quelqu’un d’autre l’utilisait. On lui avait donné un bateau quand il travaillait pour la Gendarmerie Royale du Canada. On lui avait aussi fourni l’équipement. Il avait laissé ce bateau dans la région de Tununirusiq. Dans le campement où nous étions, il n’y avait pas de matériaux pour fabriquer un bateau. Je ne me souviens pas bien parce que je n’avais que six ans. Il y avait un vieux bateau, qui avait appartenu aux baleiniers, qui se trouvait près de notre campement. Mon père en a récupéré le bois et s’en ai construit une petite embarcation. Il ne lui a fallu que cinq peaux de phoque pour la recouvrir. C’était vraiment un tout petit bateau. Il l’a fabriqué pour pouvoir aller sur l’eau et attraper les phoques qu’il tuait au fusil. Cet été-là, mon père avait tué vingt baleines. Je ne me souviens pas de ça moi-même mais mon frère s’en souvient et il a souvent écrit à ce sujet. On n’a jamais souffert de la faim. Comme mon père avait été orphelin très jeune, il était devenu un chasseur motivé et il était très compétent pour subvenir aux besoins de sa famille.

À cette époque-là, les enfants n’avaient pas d’argent. La seule source d’argent provenait de la vente des fourrures de renard et des défenses de narvals. C’était comme ça, dans le vieux temps. Je peux même me rappeler quand on manquait de savon. Il se passait de longues périodes sans que l’on ait de contacts avec les qallunaat. Ce n’est que quand la glace commençait à se former qu’on pouvait aller là où il y avait des qallunaat, pour acheter des produits tels que du thé et du sucre.
Présentation :
Elisapee Ootoova
Née le 6 janvier 1931 près de Qausuittuq, Elisapee Oootoova déménage avec sa famille à Mittimatalik quand elle a environ un an. Son père, Qamaniq, travaillait pour la GRC. Alors qu’elle n’était qu’un bébé, un mariage entre elle et son futur mari fut arrangé par les familles respectives. Elle le rencontra pour la première fois alors qu’elle n’avait que 15 ans. N’ayant pas l’habitude de côtoyer d’autres garçons que son frère, Elisapee a traversé une difficile période d’adaptation.

En racontant sa vie, Elisapee se remémore certains usages de plus en plus oubliés de nos jours. Le récit d’Elisapee se construit autour de son expérience de femme inuit, issue d’une autre époque, quand les coutumes étaient très différentes d’aujourd’hui.

Elisapee parle de couture, de certains tabous affectant la femme enceinte, des règles menstruelles, de l’accouchement, ou de l’éducation des enfants. On apprend entre autre que la femme enceinte « n’avait pas le droit de manger de viande crue » (page 23), ou que « les filles n’avaient pas le droit de s’asseoir là où les hommes s’asseyaient pendant leurs menstruations. « (Page 44)