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La guérison de Nanuraq, une femme malade, par Angutimmarik, à Salliq

Citation :
Johanasi Ujarak

 L'angakkuq faisait appel à son tuurngaq le soir, à cause de la vie dure qu'ils menaient dans ce temps-là. À l'époque où il y avait des angakkuit, la vie était différente. Ils étaient obligés de faire pittaili, même pour des choses qui ne semblaient pas être importantes. J'avais un pantalon de dessous fait avec la peau d'un caribou qui avait été tué sur le continent, près de Tasiujaq. Quand nous sommes allés à la chasse dans la région d'Uqquat, j'avais encore ce pantalon. Je n'en avais pas d'autre. Arraq et moi avons tué quelques caribous. Nous avons mangé la moelle afin d'alléger notre charge. Chaque fois qu'Arraq et moi mangions la moelle du caribou, je devais retirer mon pantalon de dessous avant de pouvoir manger la moelle.

Présentation :
Ce chapitre décrit une séance de guérison en groupe, présidé par Angutimmarik, un chaman puissant avec pour tuurngaq un chien. La séance s’est déroulée en Janvier 1923 et fût enregistrée par Jacob Olsen, inuk groenlandais. Il était membre de la cinquième expédition de Thulé de Knud Rasmussen. En ce temps-là, sur l’île Salliq, plus de la moitié de la population masculine étaient des chamans à degrés variables de capacité – en tout, il y avait 17 chamans hommes et 4 chamans femmes. D’Anglure a été assez chanceux de rentrer en contact, 50 ans après, avec des Inuit proches de personnes qui avaient assisté à la séance. La patiente, une femme du nom de Nanuraq, était couchée sur un banc, et tous les habitants du village étaient présents. Angutimmarik marcha de long en large, balançant ses bras, soupirant et respirant lourdement – afin de montrer qu’il faisait de grands efforts pour déterminer la cause de la maladie de la femme. Il posa des questions à son tuurngaq, et il continua de bouger dans tous les sens, en suivant la trace jusqu’à la source de sa maladie. En tant que chef de la communauté, souvent il formulait ses questions comme s’il se blâmait lui-même. Il disait aussi qu’il pouvait voir le problème, ou une personne, mais jamais clairement, seulement à distance. Il faisait ceci afin de s’assurer qu’il décrivait la situation correctement. Avec l’aide de la communauté, il en déduisit qu’elle avait accompli plusieurs actes interdits, dont s’être peigné les cheveux, avoir ramassé de la mousse quand cela était interdit, ou encore avoir dissimulé une fausse couche et avoir couché avec d’autres hommes que son mari alors qu’elle avait ses menstruations. Les réponses de la patiente étaient ritualisées. Après avoir admis chacune de ses fautes, la communauté dit « Tauva! » ensemble, et demanda collectivement son pardon. Iqallijuq a dit que Nanuraq s’est rétablie après le rituel. Si, lorsqu’un angakkuq s’occupait des méfaits d’un individu, la personne se confessait entièrement, elle vivait plus longtemps.