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Camp Clyde couleur tentes

Photo Labret 1901

Herve Paniaq

Citation :
Herve Paniaq
Le premier animal que j’ai tué, je ne l’avais pas attrapé moi-même. On avait l’habitude d’aller s’approvisionner à Ikpiarjuk au printemps parce qu’il n’y avait pas de poste de traite dans notre région. Après avoir trappé des renards pendant l’hiver, on allait échanger leurs peaux à Ikpiarjuk et à Mittimatalik. Mais ça c’était avant l’époque de mes premiers souvenirs. On allait à Ikpiarjuk avec mon grand-père. On campait dans la baie d’Ikpiarjuk pendant que les hommes allaient faire la traite. Un jour, alors qu’on avait établi notre campement sur la glace, mon père a brisé la glace en sautant dessus et il a attrapé quelque chose de jaunâtre. Je ne savais pas ce que c’était. Il se trouve que c’était un bébé phoque. Ils l’ont mis sur le qamutik. Nous avions un bâton de bois dont on se servait pour secouer la neige des kamiit, ou des peaux; on appelait ça un tiluktuut. On m’a donné ce bâton et je m’en suis servi pour frapper le bébé phoque jusqu’à ce qu’il cesse de bouger, et tout le monde a dit que j’avais attrapé mon premier phoque. Après ça, on a vu un phoque qui s’était aventuré loin de son trou de respiration, qu’on appelait un paarnguliaq. Mon frère m’a pris par la main tout en apportant le fouet à chien qui avait un manche en bois. Il s’est servi du manche pour tuer le phoque. J’en avais donc attrapé un plus gros. Ce sont les deux animaux dont je me souviens clairement comme ayant été mes premiers gibiers.
(Page 53)
Présentation :
Hervé Paniaq
Hervé Paniaq est né à Avvajja, dans la région d’Iglulik, le 7 octobre 1933. Un missionnaire de passage dans la région enregistra alors sa naissance de sorte qu’aujourd’hui, il connaît exactement la date de son anniversaire. À l’époque, les Inuit n’utilisaient pas de calendriers, tout comme Hervé le souligne : « Je ne pensais pas aux années ». (Page 52) Marié à Tuurngaq (de son nom Inuit), baptisée Yvonne, le couple n’eut aucun enfant issu de leur union. Les enfants qu’ils ont élevés avaient tous été adoptés. Une fois que la construction de maisons eut débutée à Iglulik, les gens ont peu à peu délaissé le campement pour s’y installer, si bien qu’aujourd’hui, plus personne n’habite à Avvajja.

Le récit d’Hervé s’articule autour de souvenirs de chasse, du rituel de conversion du siqqitirniq, des jeux, du vocabulaire, et de la description de certains tabous. En ce qui concerne les tabous, Hervé évoque un événement où sa grand-mère a dû avoir recours au cannibalisme pour échapper à une mort terrible. « Selon nous, ce n’est pas acceptable pour un être humain de manger de la chaire humaine. Elle a mangé son mari et elle a mangé ses enfants quand ils ont traversé une période de famine. » (Page 65)

Hervé raconte une autre histoire de famine, qui cette fois illustre l’importance de ne pas garder pour soi un secret potentiellement dangereux pour la communauté. Il s’agit d’une femme qui avait mis au monde un enfant mort-né et qui, saisie de peur, n’a pas voulu informé son mari de l’incident. «Oui, ils ont traversé une période difficile. […] C’est parce qu’elle avait gardé un secret qu’ils ont connu la famine. » (Page 68)