Accueil > Un vent de changement > Les rêves et leur interprétation > L’histoire de Felix Pisuk

Chasse aux caribous. environs d' Arctic Bay.

L’histoire de Felix Pisuk

Citation :
Felix Pisuk
Quand on sinnaktuumajuq, quand on rêve, on a l’impression que quelque chose est réel, mais une takutitauniq, une vision, est encore plus puissante. Les gens peuvent même penser que vous êtes angakkuq. Quand j’avais à peu près quinze ans, l’angakkuq Nagjuk essayait de faire de moi un angakkuq. J’étais devenu capable de voir les tuurngait. Nagjuk m’a dit qu’après trois jours, je serais capable d’accomplir des choses par moi-même. Le frère de mon père ne voulait pas que je devienne angakkuq, alors j’ai abandonné. Mes rêves ont faibli par la suite. Mais pendant ces trois jours, j’ai pu voir des choses que les gens ordinaires sont incapables de voir. Après, je suis redevenu une personne ordinaire, bien que je ne sois pas ordinaire en tout.
Présentation :
Dans ce chapitre, Pisuk raconte diverses anecdotes sur sa vie. Felix Pisuk est né en 1932, entre Igluligaarjuk et Qamanittuaq. Il tient son nom inuktitut de sa grand-mère paternelle. Son épouse se nomme Qarasaq Olivia et c’est la seule qu’il ait eue. Pisuk raconte qu’après avoir été éconduit par le père de sa première fiancée, il est demeuré célibataire longtemps, avant de monter à bord d’un bateau pour aller se trouver une femme hors de sa communauté. Elle était beaucoup plus jeune que lui. Ils ont eu neuf enfants, dont cinq sont morts, et en ont adopté quatre autres.

Pisuk revient plusieurs fois sur un épisode marquant de sa jeunesse. À l’âge de 15 ans, l’angakkuq Nagjuk lui a offert de le faire devenir angakkuq. Pisuk a commencé son apprentissage, au point où il était capable de voir les tuurngait, mais son oncle est intervenu et lui a interdit de devenir angakkuq. Pisuk a alors perdu ses pouvoirs naissants, mais Nagjuk lui a tout de même donné la faculté de faire des rêves prémonitoires. Pour devenir angakkuq, Pisuk devait jeûner pendant trois jours, mais il explique qu’il existe d’autres méthodes. L’une d’elle consiste à mettre la chemise de l’aspirant dans un nid de faucon pèlerin. Ce rite donne les angakkuit les plus puissants. Une autre méthode consiste à frotter les gencives de l’enfant qui doit devenir angakkuq avec des aavrujait.

Pisuk explique ensuite qu’il a eu une amante invisible pendant ses années de célibat. Cette amante le visitait en rêve et le rendait très heureux. Il indique que ce phénomène existait autant chez les hommes que chez les femmes, sans donner plus de détails. Pisuk faisait d’autres rêves importants. Dans l’un d’eux, il apercevait un arc-en-ciel qui lui indiquait l’endroit où se trouvaient les caribous. Pisuk a transmis sa faculté de rêver à l’une de ses belles-filles, mais celle-ci s’est avérée indigne du don, puisqu’elle racontait ses rêves à tout vent. Les rêves sont intimes. Il peut être nocif de les garder pour soi, mais on devrait les raconter uniquement à quelqu’un en qui on a confiance.

Enfin, Pisuk établit quelques comparaisons entre les angakkuit et les prêtres, ainsi qu’entre le chamanisme et le christianisme. À l’arrivée des prêtres, on lui a dit d’oublier ce que lui avaient enseigné les angakkuit. L’Église les démonisait. Pisuk est lui-même croyant et va régulièrement à la messe, mais il signale que pendant son apprentissage comme angakkuq il avait des visions, alors qu’à l’Église, il n’en a jamais. Du même souffle, il souligne qu’aucun prêtre ne saurait guérir un malade comme le faisaient les angakkuit.