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Itillimaniq : le somnambulisme

Citation :
George Agiaq Kappianaq,
L’itillimaniq peut être épeurant. J’itillimajuq à l’époque et j’ai vu d’autres personnes itillimajuq. On dirait qu’elles voient quelque chose qui n’est pas là. Certaines personnes prises d’itillimaniq sont carrément effrayantes, surtout si elles ont toutes leurs forces. Je devenais très apeuré lorsque je itillimajuq trop. On aurait dit qu’une chose me courait après; je levais les mains, mais je n’attrapais rien. C’était très effrayant.

Parfois, l’itillimaniq n’a absolument aucun sens. Une fois, j’étais dans une tente et j’avais l’air tout à fait éveillé. J’ai pris un bâton, je l’ai posé sur l’épaule de ma mère et j’ai essayé d’escalader le bâton. Ce n’est peut-être pas exactement ce que j’essayais de faire, du moins je ne crois pas que c’était le cas. Je voudrais vous faire comprendre l’itillimaniq, mais je ne sais pas comment l’expliquer autrement. Je pense que c’est comme faire un cauchemar qui vous effraie. On a l’air de voir des choses qui ne sont pas là.
Présentation :
Dans ce chapitre, on démystifie les tenants et les aboutissants du somnambulisme. Le somnambule, la personne qui itillimajuq, marche et agit tout en dormant; elle n’a pas conscience de ce qu’elle fait. Elle rêve et ses rêves sont souvent effrayants, ce qui se traduit dans le comportement irrationnel, voire paniqué du somnambule. On rencontre essentiellement le somnambulisme chez les enfants. Les cas adultes sont rares et particulièrement effrayants. La fatigue semble en être un facteur clé. À l’époque, les enfants qui accompagnaient les adultes en expédition de chasse se couchaient tard après des journées épuisantes. C’est surtout dans ces situations que l’on rencontrait le plus de cas de somnambulisme. Le phénomène est moins répandu aujourd’hui.

Il vaut mieux réveiller doucement le somnambule, surtout s’il va dehors, pour éviter qu’il ne tombe à l’eau, mais il ne faut en aucun cas le réveiller brutalement, pour ne pas l’effrayer. L’expérience est déjà suffisamment effrayante pour la personne qui itillimajuq, du moins c’est ce qu’affirment Pisuk et Agiaq, qui racontent leurs expériences personnelles. Le somnambulisme en soi n’est pas dangereux et il n’a rien à voir avec le chamanisme, le tarniq ou les tuurngait. Il arrive que le somnambule voit des choses qui n’y sont pas réellement, mais il s’agit d’un rêve normal, bien que particulièrement intense, et non pas d’une vision. Cela dit, un angakkuq pouvait chasser le somnambulisme de quelqu’un et il arrivait qu’on confère un sens quelconque au somnambulisme des enfants. Pisuk mentionne que ses deux fils ont volé pendant un certain temps, soit de corps, soit seulement par leur tarniq. Le sujet du voyage astral n’est que très brièvement abordé, à la toute fin du chapitre, annonçant le thème principal du chapitre 10.