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Iqaluit

Les rêves et l’angakkunngurniq : devenir angakkuq

Citation :
Felix Pisuk
Certains angakkuit utilisaient réellement leurs tuurngait comme aides. Ils pouvaient les utiliser pour marcher plus vite. Dans le temps où nous nous déplacions en attelage de chiens, les angakkuit pouvaient aller aussi vite qu’un caribou. Certains d’entre eux pouvaient même voler. Il y a un endroit à environ 160 kilomètres de Kangiq&iniq où il y a des lacs. Quand Qimuksiraaq s’y rendait pour vérifier s’il y avait des caribous à cet endroit, il faisait l’aller-retour en une journée. Il revenait avant le coucher du soleil. Vous savez comment c’est loin, 160 kilomètres? Il couvrait toute cette distance. Les lagopèdes sont très rapides. Qimuksiraaq disait qu’il tassait les lagopèdes sur son chemin, parce qu’ils étaient si lents qu’ils l’empêchaient d’avancer. Il disait que, chaque fois qu’il se mettait à marcher vraiment vite, il avait toujours les lagopèdes dans les jambes, alors il les frappait avec son bâton de marche. Il disait que le fusil de chasse qu’il transportait sifflait. Certains angakkuit étaient vraiment aidés par leurs tuurngait. Je vous dis la vérité. C’est ainsi que les choses se passaient.
Présentation :
Ce chapitre porte sur les traditions relevant du chamanisme et, plus particulièrement, sur la manière dont on devient angakkuq. Dans la plupart des cas, ce sont les angakkuit qui recrutent les candidats intéressants et intéressés, bien que certaines personnes deviennent angakkuit par elles-mêmes (Agiaq raconte, à ce sujet, l’expérience de sa mère). La personne choisie commençait alors à voir son tuurngaq. Dans certains rituels, on poignardait le candidat (qui ne saignait pas) ou on lui tirait dessus au fusil (mais son tuurngaq interceptait la balle). Les angakkuit avaient de grands pouvoirs, dont, entre autres, celui de parcourir à la marche de très longues distances en peu de temps et celui de faire apparaître des objets. À propos de ce dernier pouvoir, Pisuk raconte une histoire au sujet de l’angakkuq Qimuqsiraaq.

Les gens qui avaient vécu de dures épreuves et les enfants maltraités devenaient parfois angakkuit par l’intercession des tarniit des défunts qui les aimaient. Pisuk signale au passage que les deux plus grands dangers pour les enfants à l’époque étaient la noyade et les sévices que subissaient les orphelins. On avait donc naturellement pitié de ces enfants, qui étaient parfois nagliktaujuq, protégés de manière surnaturelle. Cette protection faisait en sorte que leurs tortionnaires devenaient bons envers eux, de peur de mourir s’ils continuaient à les maltraiter.

Pisuk et Ka&&ak avaient tous deux des angakkuit dans leur famille. Ka&&ak revient sur le fait que son père ne l’a pas faite angakkuq parce qu’elle ne croyait pas en ses pouvoirs. Il lui a par contre donné la faculté de rêver et il lui est arrivé d’avoir des visions qu’elle associe au catholicisme, plutôt qu’au chamanisme.

Dans les dernières pages du chapitre, on explique que les angakkuit étaient capables d’interpréter les rêves. La personne qui avait fait un rêve qui lui paraissait important, mais incompréhensible, pouvait consulter un angakkuq. Celui-ci, avec l’aide de ses tuurngait, tentait alors de déterminer si le rêve avait une portée positive ou négative.