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retour d'une promenade en traineaux de Rufus Manik. environs d'Arviat.

 

Meutre

Citation :
Lucasie Nutaraaluk
Je suis allé plus d’une fois dans la demeure d’une personne qui était très en colère et j’ai essayé de la calmer en lui parlant. J’étais très direct et je demandais à la personne si elle voulait vraiment supprimer une vie. Au début ça énervait la personne, mais ça la forçait également à prendre du recul et à réfléchir à ce qu’elle faisait, à ce qu’elle traversait. Dès que je devenais très direct et que je posais des questions précises, la personne commençait à me répondre. On savait tout de suite que la personne allait se calmer, dès qu’elle commençait à répondre aux questions. Ça la rendait rationnelle, ça la forçait à se calmer et à réfléchir à ce qu’elle faisait. Une autre fois, quand on était en train de tirer un bateau, quelqu’un a fait un commentaire à un homme. Cet homme s’est mis en colère, il est parti chez lui et il a commencé à compter ses balles, parce qu’il n’en avait pas beaucoup. Là encore, je suis allé le voir et j’ai été en mesure de le calmer. Je lui ai demandé directement s’il avait l’intention de tuer quelqu’un et je l’ai forcé à réfléchir à ce qu’il faisait. C’est comme ça que je maintenais l’ordre dans le campement.
Présentation :
Meurtre
La loi canadienne considère le meurtre principalement comme un crime
qui doit être puni. Les Inuit, eux, voyaient le meurtre comme une
tragédie et ils essayaient d’en minimiser les conséquences. Les
communautés étaient formées de membres d’une même famille et cela
rendait le meurtre encore plus difficile à accepter. Nutaraaluk raconte
comment un de ses frères a été tué parce qu’il entendait des voix et les gens
avaient peur qu’il se mette à tuer, tout comme l’avait fait le meurtrier
Miqqualaaq. Son autre frère a énormément souffert parce qu’il a su à l’avance
que son frère allait être tué. Selon Nutaraaluk : « L’un des hommes qui a tué
mon frère aîné est devenu un homme d’église, mais il a perdu la tête, il a
littéralement perdu la tête. C’était trop difficile de continuer à vivre après
avoir commis un acte si violent. Le stress était tellement insoutenable qu’il en
a perdu la tête. » (voir Van den Steenhoven 1962)

Dans leur essai, Matthew Boki, Nancy Kisa et Julia Shaimaiyuk ont parlé du cas du célèbre assassin
Iksivalitaq qui a tué le frère de Kappianaq. Après avoir été invité à se venger
par le père de l’assassin, Kappianaq a répondu : « Non, je ne vais tuer
personne; si je tue un être humain, je ne vais pas l’utiliser pour faire des
vêtements ou pour me nourrir, ni même pour le donner à manger aux chiens.
Je ne vais pas tuer un être humain. Il [Amarualik] est mort et il ne va pas
revenir... » (Rasing 1994 : 130).