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Performances privées et publiques des Angakkuit

Citation :
Johanasi Ujarak
Elle portait ses moufles quand elle est arrivée, comme c'était la coutume quand un angakkuq exécutait un sakaniq. C'étaient des moufles toutes neuves. Amak&ainnuk a dit à ma soeur de fixer un crochet sur le côté, à l'intérieur de la tente pour y accrocher un rideau qui allait la séparer du reste de l'assistance. Elle est allée derrière le rideau, au fond de la tente, où l'on ne pouvait pas la voir. Quand elle a commencé à faire le sakaniq, elle m'a dit que j'étais sur le point de tomber dans un trou. Elle a dit que ma soeur m'avait donné de la nourriture que je n'avais pas le droit manger et que ça allait me faire mourir. Mes parents étaient restés à Iglulik pendant que nous étions allés dans la région où l'on chasse l'ours polaire, près de Tununirusiq. Or nous avons su par la suite que mon frère cadet était mort à Iglulik et que j'avais mangé de la nourriture que je n'aurais pas dû manger. C'était la raison pour laquelle j'avais la diarrhée et que j'étais en danger de mort. Amak&ainnuk a découvert, grâce à son tuurngaq, que j'avais mangé de la nourriture que je n'aurais pas dû manger, après la mort de mon frère. J'avais aussi aidé à dépecer un ours polaire, alors que je n'aurais pas dû le faire. Ma soeur dit à Amak&ainnuk que je l'avais fait. Plus tard elle m'a raconté qu'Amak&ainnuk m'avait guéri. Elle m'avait fait sortir du trou dans lequel j'étais en train de tomber. Si Amak&ainnuk n'avait pas été une grande angakkuq, je serais mort.

Présentation :
Des séances de sakaniq gratuites étaient données en réponse aux requêtes individuelles. Tout cadeau, ou tunijjuti, remis pour les services d’un chaman devait lui être donné avant le début de la cérémonie. Il s’agissait d’offrandes pour les esprits, données au travers du chaman, dans le but de déceler les causes d’une maladie ou de retrouver un objet perdu. Le terme ilimmaqturniq était donné pour décrire le vol du chaman à travers les cieux, qui était habituellement performé suite à la requête de la communauté entière et en leur présence. Souvent, on demandait au chaman de retrouver des chasseurs que l’on croyait perdus. L’angakkuq était ligoté solidement derrière un rideau de peau. Alors qu’il volait de plus en plus haut, sa voix devenait de plus en plus inaudible et les liens en peau qui le retenait retombaient dans la cheminée. La lanière était nouée en nœuds serrés, ressemblant à l’esprit aideur de l’angakkuq. Un chaman pouvait aussi pavunngaarniq, s’envoler vers les cieux de l’autre monde et nakkaaniq, plonger vers les fonds des océans et visiter les âmes des morts. Seuls les chamans très puissants pouvaient nakkaaniq. Parfois, les angakkuit pouvaient saka, se faire la compétition et essayer de se vaincre l’un l’autre. Ils pouvaient se poignarder, faisant des démonstrations de leurs pouvoirs dans des compétitions. Ceci servait au divertissement, à la performance. Lorsqu’un chaman se faisait poignarder, par lui-même ou un autre, il perdait beaucoup de sang, paraissait mort – pour revenir à la vie sans la moindre trace de blessure.