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Parc national d'assuituq. Environs de Broughton Isalnd.

Caribous dans la vallée de la rivière Koroc, dans les Monts Torngat.

Quoi faire des rêves : prévention et protection; ilisiiqsiniq

Citation :

Salome Ka&&ak Qalasiq
Les rêves peuvent être vrais. Ils ne sont pas strictement triviaux. Si vous croyez avoir fait un rêve qui a une signification réelle, croyez-y. Tentez de ne pas l’oublier. Voyez-le comme étant effectivement vrai. Moi aussi, j’ai déjà fait un rêve qui s’est réalisé. Dans ce rêve, mon fils était un petit enfant. Je lui disais encore et encore : « Tu vas tomber à l’eau. Viens ici! Viens ici! » Je criais après lui. Il s’est rendu compte de ma présence au moment même où il tombait à l’eau. L’endroit où il était tombé était si peu profond qu’on apercevait le fond. J’ai rêvé que je marchais en suivant le fond pour rejoindre mon fils. En fin de compte, mon fils est effectivement tombé à l’eau le lendemain. Parfois, le rêve vous annonce ce qui se passera dans un avenir rapproché. Mon père m’a dit que, parce que je n’allais pas devenir angakkuq, j’allais pouvoir me fier à mes rêves. Je me suis toujours rappelé ses paroles. Il m’a dit de croire en mes rêves. Mêmes les angakkuit devraient croire en leurs rêves. Je crois que certains rêves sont vrais, parce que cela m’est déjà arrivé.
Présentation :
Ce chapitre se divise en deux parties. Les questions portent d’abord sur les actions à prendre à la suite d’un rêve. Que peut-on faire de nos rêves? Comment doit-on y réagir? Il faut d’abord réussir à distinguer les rêves ordinaires de ceux qui ont une certaine importance. Les rêves qui paraissent réels, dans lesquels on a l’impression d’être éveillé, sont significatifs. Pour les empêcher de devenir réalité, la seule chose à faire est d’en parler sans délai. Une autre coutume veut que, si on rêve qu’un objet se brise, on donne cet objet au réveil. En guise de protection contre les rêves malsains, on mettait un ulu sous l’oreiller des enfants. Les gens plus âgés peuvent y placer un couteau, qui chasse les tuurngait. Plus récemment, on utilise aussi le chapelet. Et si quelqu’un rêve fréquemment qu’un défunt l’invite à le suivre dans l’au-delà, sa famille se réunit pour veiller sur lui et chasser le rêve importun.

La deuxième partie du chapitre porte sur l’ilisiiqsiniq, le fait de jeter un mauvais sort à quelqu’un. L’acte peut prendre diverses formes; Pisuk raconte un cas où une serviette hygiénique souillée avait été posée dans le bateau d’un de ses fils pour lui jeter un sort. Dans ces cas, explique-t-il, il faut retourner l’objet avant d’en disposer, afin de retourner le sort contre celui qui en est à l’origine. D’autres méthodes permettent de lancer des sorts : les angakkuit peuvent le faire à travers les rêves. On peut aussi utiliser une irinaliuti, une incantation. Par contre, l’ilisiiqsiniq est mal vu dans la communauté et comporte des risques. La personne qui jette un sort s’expose à voir celui-ci se retourner contre elle, ce qui entraîne des séquelles physiques, et à perdre ses enfants un à un. De plus, sa « victime » peut disposer d’un pittiriiqsauti, d’un moyen de protection. C’était parfois un talisman, parfois une règle de conduite (par exemple, se lever très tôt pour être le premier à fouler la nouvelle neige au matin).