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Arviat

Rêver et avoir conscience de rêver

Citation :
Felix Pisuk
L’été dernier, j’ai rêvé de quatre hommes dans un bateau. Dans mon rêve, le bateau avait chaviré, il reposait sur son mât. Le vent l’a redressé, puis l’a fait chavirer à nouveau. Au premier chavirement, les hommes ont réussi à rester à bord, mais en chavirant la seconde fois, le bateau s’est fracassé contre les rochers. Les vagues ont ramené deux des hommes au rivage, mais les deux autres ont disparus. J’ai raconté ce rêve à ma famille dès mon réveil. Je leur ai dit de n’en parler à personne. J’avais le sentiment qu’il se produirait un accident de bateau pendant l’été et qu’on retrouverait deux des corps, mais que les corps des deux plus jeunes seraient perdus à jamais. Même si je savais que je ne serais pas la cause de l’accident, j’étais tout de même conscient du risque réel que cet accident se produise, parce que quelques-uns de mes rêves se réalisent. Lorsqu’on en vient à comprendre ses rêves, on a l’impression de faire des prédictions.
Présentation :
Ce chapitre aborde divers aspects entourant l’état de rêve, l’état de veille et la zone quelque peu surnaturelle entre les deux. On y traite d’abord de l’importance des rêves. Certains rêves sont inutiles en soi, mais d’autres sont importants. On reconnaît ces derniers au fait que l’on a l’impression, dans ces rêves, d’être éveillé. Ils servent parfois à orienter les chasseurs ou les gens égarés; dans d’autres cas, ils présagent un malheur. À ce sujet, Pisuk raconte avoir prédit un naufrage en rêve. On aborde ensuite la question des cauchemars et des rêves récurrents. Si le rêveur confiait son problème à quelqu’un, cette personne pouvait conjurer le rêve récurrent. Nos anciens ont de la difficulté à comprendre la différence entre beau rêve et cauchemar; c’est que, dans bien des cas, un rêve agréable annonce un malheur, alors qu’un cauchemar peut être bénéfique. Si l’on rêve souvent la nuit, il arrive aussi que l’on rêve éveillé. Le rêveur éveillé reçoit une révélation sur la personne qui l’accompagne à ce moment. C’est ce que font les angakkuit pour « voir » les torts des mourants.

On se souvient mieux des rêves faits au petit matin, c’est pourquoi ceux-ci sont plus chargés de prémonitions, de niriujaarniit. Les chasseurs s’y fiaient pour traquer le gibier, à une époque où les traîneaux à chiens limitaient les déplacements (l’avènement de la motoneige a rendu le niriujaarniq quelque peu caduc). Ces prémonitions, bonnes ou mauvaises, pouvaient aussi être ressenties par le corps à l’état de veille : bourdonnement dans l’oreille, œil qui tressaute, spasmes, etc. On connaît aussi quelques cas de gens qui, perdus, ont retrouvé leur chemin après avoir reçu des indications en rêve. Pisuk et Ka&&ak racontent quelques anecdotes sur ce sujet. Lorsqu’on se retrouvait dans une situation désespérée, on pouvait aussi recourir à la qinngarniq, la prière criée, adressée à un être cher défunt; Agiaq illustre ce phénomène par deux cas vécus. Enfin, la prière catholique peut aussi porter secours, selon Ka&&ak qui témoigne d’un épisode émouvant pendant lequel elle a failli se noyer. On aborde aussi à nouveau la signification du rêve d’une tombe ou d’une personne étirée, un mauvais présage. Les dernières pages de ce long chapitre sont consacrées à la transmission de la faculté de rêver