Accueil > Une incursion dans la tradition orale inuit > Perspectives sur le droit traditionnel > Souvenirs du passé

Inuit Cape Dorset 1929

 

Souvenirs du passé

Citation :
Emile Imaruittuq
J’ai toujours vécu dans la région d’Iglulik. J’ai vécu à Aggu avec mes beaux-parents, après mon mariage. Mon grand-père, Ittuksaarjuat, était le leader du campement. Beaucoup d’habitants qui vivaient dans les campements alentour aimaient ungagi3 avec lui [être en sa compagnie]. On a toujours habité avec mon grand-père. C’était comme ça. Quand tout allait bien, les familles restaient ensemble. Ce n’était que par exemple quand le père mourait qu’elles partaient vivre ailleurs. Elles allaient vivre là où elles voulaient vivre. C’est ce qui s’est passé avec la famille de mon père. Quand leur père est mort, c’était comme s’ils étaient sur un radeau flottant et ils ont commencé à déménager. Quand mon grand-père est mort, ils étaient encore capables d’aller de place en place parce qu’on les avait bien instruits. Quand mon grand-père était en vie, tout le campement était très bien organisé. À cette époque-là, ils dépendaient des animaux sauvages pour l’habillement et pour la nourriture. Certains membres de la famille étaient envoyés à la chasse au caribou en été, pour l’habillement, alors que d’autres étaient envoyés à la chasse aux mammifères marins pour ramener des provisions pour nourrir les chiens et du combustible. C’est de ça que je me souviens, de quand j’étais petit. (Page 84-85)
Présentation :
Emile Imaruittuq
Écouter les aînés raconter leurs souvenirs est une excellente manière de
commencer un cours sur les entrevues avec des aînés. Les étudiants ont
l’occasion de poser des questions sur divers aspects du mode de vie dans le
passé, par exemple les famines dans les campements, les premiers contacts avec les
qallunaat ou les mariages arrangés à l’avance. Cela permet aux aînés et aux étudiants
de faire connaissance les uns avec les autres.

Au cours des entrevues avec les aînés qui ont porté sur divers aspects du droit traditionnel, les étudiants ont pu relier leurs questions aux expériences mentionnées par les aînés alors que ceux-ci racontaient leurs souvenirs. Les aînés n’ont pas simplement raconté leur vie, ils ont expliqué ce qui
faisait du sens à leurs yeux et comment cela avait affecté leur vie. En racontant leurs
souvenirs, ils ont parlé de valeurs importantes telles que le partage de la nourriture.
Imaruittuq raconte : « Je ne croyais pas ce que ma mère me disait à cause de mon
ignorance, parce que je pensais que ce qu’elle me disait était inutile, mais il s’est avéré
que c’était en fait très utile. Longtemps après sa mort, ses paroles me revenaient après
certains incidents qui me faisaient me les rappeler. À ces moments-là, je me rendais
compte de l’importance de ce qu’elle m’avait dit. Je ne voulais pas l’écouter. Je me
souviens en particulier d’un discours qu’elle m’a fait avant mon mariage. Elle m’a dit :
"Pour une femme, ça peut être très intimidant de demander de la nourriture." Elle m’a
dit de ne jamais être intimidant, d’être toujours disponible pour la nourriture et de ne
jamais être avare à propos de nourriture avec ma femme. C’est le conseil qu’elle m’a
donné. Si la nourriture avait été mangée pendant mon absence, je ne devais pas poser
de questions. » Ainsi, en racontant leurs souvenirs, les aînés ont clairement illustré la
valeur des paroles des aînés ainsi que l’importance du partage.