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Fonte de la banquise dans les environs de Broughton Isalnd.

Caribous dans la vallée de la rivière Koroc, dans les Monts Torngat.

Uqumangirniq ou aqtuqsinniq, la paralysie du sommeil chez les Inuits :

Citation :
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Présentation :
Interprétation biopsychoculturelle à travers des entrevues avec des Inuits et une étude des perspectives internationales
Dans ce chapitre, Samuel Law s’intéresse au phénomène de l’uqumangirniq en s’appuyant, d’une part, sur les propos des anciens et les entrevues faites avec des membres moins âgés de la communauté, présentés respectivement aux chapitres 14 et 15, et, d’autre part, sur la littérature médicale et les études anthropologiques et culturelles internationales. Law voit dans l’uqumangirniq une lentille d’observation parfaite sur la culture inuit, de par son caractère panhumain et la multiplicité de ses interprétations, d’une culture à l’autre.

L’auteur décrit d’abord l’uqumangirniq à partir des documents présentés aux chapitres 14 et 15. En s’appuyant sur diverses études médicales, il établit ensuite la correspondance entre cet état et la paralysie du sommeil, un état paralytique parfois accompagné d’hallucinations et causé par une architecture du sommeil perturbée. Le phénomène semble assez répandu au Nunavut, ce qui contredit l’opinion médicale occidentale.

La paralysie du sommeil a fait l’objet d’études dans d’autres cultures : en Alaska, à Terre-Neuve, au Japon, à Hong-Kong, ainsi que parmi les Afro-Américains de Chicago. Tous interprètent le phénomène différemment, en faisant appel au monde spirituel à divers degrés, ainsi qu’à des concepts plus modernes. Pour ce qui est des moyens de se prémunir contre elle ou d’y mettre fin, on remarque au contraire beaucoup de similitudes entre les techniques utilisées ailleurs et celles décrites par les interviewés inuit, jeunes et vieux.

La dimension spirituelle de l’interprétation inuit de l’uqumangirniq s’inscrit dans la représentation inuit des mondes du visible et de l’invisible, où le tarniq, l’âme, est plus vulnérable aux attaques spirituelles pendant le sommeil. Cette interprétation repose plus fortement sur le monde spirituel que celles des autres cultures, qui ont adopté des modèles explicatifs plus modernes. La présente étude fait ressortir la phase transitoire dans laquelle se trouve la culture inuit, dérobée de ses croyances traditionnelles par le christianisme et la société occidentale, sans réussir encore à les remplacer.